Jean-Francis Faure : La lumière au théâtre, partenaire du comédien et du metteur en scène

Jean-Francis Faure-x1000Interview 2015.

De Jean-Francis Faure. Concepteur lumière, régies son et lumières de spectacles. Formateur. Régisseur du festival national de Châtillon sur Chalaronne.

– Jean-Francis. Tu es un spécialiste de l’éclairage des scènes de théâtre. Professionnelles et amateurs. Comment en es-tu venu à valoriser cette technique de la lumière au théâtre ?

La lumière : Une forme de discours

Je n’ai pas le sentiment de m’occuper de quelque chose qui demanderait à être valorisé. Pour moi la lumière est partie intégrante de la représentation au même titre que le texte, les décors, les costumes, le travail du comédien,… La lumière n’est pas un plus, une ornementation. Elle est partie du discours et du parti pris de mise en scène, elle dit des choses que ne disent pas les autres éléments de la représentation et participe cependant, harmonieusement quand elle est bien faite, avec eux, à la pertinence et à l’unité de ce qui est proposé sur la scène.
Quand on met un comédien ( ou une chaise !) sur une scène on propose un discours ( quoique dans le cas de la chaise …) mais aussi, qu’on le veuille ou pas, une image, et celle ci est forcément éclairée d’une manière ou d’une autre ! et c’est cette manière qui est elle même une forme de discours : que je mette une douche, ou un latéral haut, ou un rasant ou un contre , ou …. je ne dis pas la même chose !

La lumière : Une nécessité et une expression

On dit (en tous cas Malraux le disait !) du cinéma qu’il est à la fois une industrie et un art, je dirai que la lumière est à la fois une nécessité et une expression. Certains, par fainéantise, par ignorance, par dilettantisme s’arrêtent à l’industrie -ou à la nécessité- et se privent d’une composante majeure de leur expression artistique.

M’intéressant au théâtre, comment aurai-je pu ne pas m’intéresser aux images qui sont crées sur le plateau – d’ailleurs ne parle t on pas de « tableaux » ?
En ce qui me concerne personnellement j’ai rencontré le théâtre assez tard, (enfin il y a quand même 30 ans !) mes premières passions ont été pour la photo, j’ai (brièvement) fait partie d’un atelier professionnel, puis j’ai changé de voie mais en continuant à m’intéresser à  l’image et à la pratiquer sous différentes formes : photo souterraine, subaquatique, fondu enchainé, vidéo, réalisation, etc … Jusqu’à m’apercevoir, il y a quelques années, qu’on pouvait aussi fabriquer  des images sur les plateaux grâce à la lumière, et en plus en très grand format et en relief ! J’ai donc pratiqué sans modération jusqu’à aujourd’hui !! La photo est souvent une pratique solitaire, le théâtre est toujours un ouvrage collectif, ce qui rend les choses à la fois plus simples et plus compliquées !

Compagnie Miressance-4L’éclairagiste est partenaire du comédien

– Elles sont simples quand l’éclairagiste est considéré par les autres membres de la troupe comme un partenaire : quand j’éclaire un spectacle je dis que je joue, ce que les gens ne comprennent pas toujours et pourtant je suis bien le seul partenaire qui participe à l’action sur le plateau sans y être physiquement ! une vraie relation s’établit entre le comédien qui sent la lumière (ou pas mais ceci est un autre problème !) et celui qui la génère ! même si le comédien est seul sur le plateau nous sommes bien deux, en relation l’un à l’autre pour proposer quelque chose au public !

Et partenaire du metteur en scène

– Elles se compliquent quand cette évidence n’est pas comprise des autres membres de la troupe, ou , pis du metteur en scène ! S’ensuit alors généralement une guerre d’égo(s) qui peut parfois aller jusqu’à des attitudes aussi stupides et mortifères que celle dont j’ai eu à connaître récemment où le responsable de troupe a demandé à l’éclairagiste de minorer son intervention et de réduire le nombre d’effets de la conduite au motif que cela augmentait le temps de montage – par contre rien n’était dit de la pertinence et/ou de l’apport des dits effets au résultat final !

– Quel est ton cursus ? Quels sont tes points forts ?

Ma formation vient essentiellement du plateau. J’ai eu la chance – mais est ce vraiment de la chance : « aides toi etc …etc… » de faire l’arpète auprès de professionnels, puis une chose en entraînant une autre, de bénéficier de concours de circonstances où j’ai été amené à faire des accueils de troupes, amateurs d’abord, professionnelles ensuite .
Depuis, la régie d’accueil, à côté des créations, représente une part importante de mon activité, dont je ne souhaiterai pas me séparer car, outre qu’elle est souvent ( pas toujours !!!) plaisante, elle est éminemment formatrice et il m’arrive toujours d’accroître mon savoir faire à la faveur de tel ou tel accueil.

De nombreux ouvrages ont contribué à me faire l’oeil

Mon éventuel point fort pourrait en partie venir de là : sur la base de ce que j’ai acquis initialement en photo, le visionnage de nombreuses pièces différentes , la fréquentation des musées et de nombreux ouvrages d’art ont contribué à me « faire l’œil », c’est-à-dire à être attentif aux problèmes de composition, d’éclairement des différents plans, de leur étagement, de l’utilisation ou non de la couleur, ….

Compagnie Miressance-2– Pour toi, quel est le rôle, quelle place tient la lumière sur scène ?

Sur un plateau la lumière sert essentiellement à suggérer des ambiances, avec plus ou moins de vérité, plus ou moins de pertinence par rapport aux autres éléments de la représentation à ce moment là. Elle peut aussi constituer une ponctuation ou renforcer une intention (à utiliser avec modération !!!)
C’est pour cela que le rapport metteur en scène/concepteur lumière est primordial : ces deux là doivent avoir des partis pris qui vont dans le même sens sous peine d’échec ! (voire aussi avec le décorateur si celui-ci existe !

– Pour une compagnie de théâtre amateur qui a peu de moyens humains et techniques, quels conseils peux-tu lui donner ?

S’intéresser

Commençons par dégonfler une baudruche : Il arrive quelquefois que le manque de moyens soit généreusement invoqué pour cacher un manque d’intérêt et/ou de savoir faire !
Logiquement mon premier conseil ne coûte pas cher , il s’agit de s’intéresser à ce que l’on fait ! tenter d’analyser ce que l’on voit, chercher de la bibliographie, questionner les régisseurs que l’on rencontre , etc …

Se former

Dans un deuxième temps ou simultanément SE FORMER !
La question du matériel vient ensuite : on n’acquiert pas un projecteur ou une console parce que le DJ du coin ou le pépé à Jules vous a dit que c’était bien mais parce qu’on a une idée de ce que l’on peut/veut faire avec ! Une fois ceci posé il existe des solutions économiques, en particulier le marché de l’occasion, mais aussi des centres de ressources, de la location, des échanges entre troupes, etc ….
En interne il peut aussi s’agir d’établir des priorités : Est-il raisonnable d’investir sans compter dans des costumes ou des décors qui ne seront pas mis en valeur par la lumière ?

– Parlons formation. Qu’est-ce que tu proposes. Concrètement ?

Stages de formation technique

De répondre aux demandes !!!! J’ai déjà encadré des stages techniques pour le compte de Comités départementaux (07) ou de l’Union régionale Rhône-Alpes Fncta , voire pour une troupe ( 73 ). Je suis prêt à étudier toute nouvelle proposition !
Organisation de worhshop ou de séminaires/rencontres autour d’un thème et ouvert aux régisseurs des troupes débutantes ou confirmées. Exemples de thèmes : » la nuit au théâtre » ou  » quid des didascalies » ou « lumière et machinerie  » , .etc …
Je peux aussi avoir une activité de conseil, en création, en investissement, … J’ai également été sollicité sur ces sujets !

Stages de formation à la création

Apprendre à se servir du matériel est une chose, apprendre à concevoir un éclairage en est une autre ! Si les stages concernant le volet technique existent je n’en connais pas concernant le volet « création » au sein de la FNCTA . Je regrette au passage qu’à ma connaissance il n’existe pas de volet Lumière dans le cursus des animateurs-intervenants Fncta.
Je pense qu’un stage , au minimum d’une semaine, sur le sujet «  Comment passer du texte à la conduite lumière » devrait être organisé à l’intention des troupes. Pour ma part j’en ai déjà organisé et encadré un à titre personnel… Je ne suis pas prêt à recommencer dans ces conditions mais je suis disponible pour une co-organisation avec la FNCTA. Je me permets d’ailleurs de regretter que malgré de nombreuses sollicitations il ne soit pas possible d’organiser ceci au niveau national !!!
Propose recueillis par Guy Dieppedalle

Contact    jean-francis.faure@wanadoo.fr
https://www.facebook.com/jeanfrancis.faure

Compagnie Miressance Ain
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