Histoires de familles

Billet d’humeur.
Avignon 2015.

Avignon 2015 Photo Zeizig mascarille.com
Avignon 2015 Photo Zeizig mascarille.com

Certaines familles possèdent des rituels depuis longtemps établis. Ainsi certaines se retrouvent-elles une fois par an à une date fixe, les plus fortunées dans la demeure familiale historique, en un endroit à définir pour les autres. Les plus proches convives arriveront en une poignée de minutes, d’autres parcourront des milliers de kilomètres. Tous apporteront des spécialités culinaires ou vinicoles de leurs régions ou de leurs pays et pendant quelques jours ce sera les temps des retrouvailles. On découvrira avec émerveillement les nouveaux nés, on accueillera les nouveaux amoureux, on s’étonnera d’absences non imaginées, on s’attristera de disparitions douloureuses. La vie quoi !

Un peu de ça, Avignon. La date c’est bon, rituellement en juillet. Le couchage, ça s’améliore, merci Airbnb. La bouffe, toujours pareil, on rate le p’tit déj parce qu’on s’est couché très tard et ensuite on se tape des plats du jour à 15 balles qui n’en valent pas 10.
Et les spectacles ? Comme les animations proposées pendant la fête de famille : du très bon, du surprenant, de l’original, du moyen…. du pas bon du tout. Statistiquement normal sur 1300 propositions. La méthode de choix demeure toujours un peu la même. D’abord allo les copains qui sont passés avant puis lecture de la presse, puis épluchage du sempiternel gros bouquin du off car bien plus pratique que le site et enfin bouche à oreille sur les terrasses surchauffées.

Danseurs.2.x980-4Le résultat, toujours aléatoire, fluctue d’une année à l’autre. Pour les retrouvailles familiales, on se rapproche souvent des mêmes cousins, pour le off, des mêmes compagnies chouchou, des mêmes salles à la programmation judicieuse. On ne peut tout de même pas parler de routine, plutôt de conditions favorables à de belles rencontres, comme avec les cousins bretons qui ne se déplacent jamais sans leurs instruments de musique.
De l’inattendu parfois ? Oui, heureusement, de vrais coups de cœur, de vrais coups de gueule. Des seuls en scène poignants pour conter une histoire familiale, de toutes jeunes compagnies au culot remarquable, des solos sans paroles mais avec une imagination folle, des pièces de répertoire épurées à l’extrême, des vaudevilles de folie.

Mais encore ? Ben…..des stand-up pas drôles, des mises en scène sans rythme, des pièces d’auteur connu avec metteur en scène « dans le mouv » et bonnes critiques de grands quotidiens nationaux et finalement…..ça ne vaut pas un cachou.
Solide similitude en quelque sorte entre les grandes réunions de famille et le festival off.
Cousin  border-line et pièce « très » expérimentale, mariages heureux et compagnies toujours au top, oncle musicien et virtuose sur scène, nouvelle fiancée de la dernière génération et jeune comédienne éblouissante, beau-frère amuseur public et stand-up hilarant, anecdote familiale moultes fois racontée et pièce classique déjà copieusement vue.
Deux sortes de grandes auberges espagnoles dans lesquelles chacun arrive avec envie ou en trainant des pieds, c’est selon et repart avec ce qu’il était venu chercher : de la joie ou de la tristesse, des confirmations ou des surprises, de la rage ou du bonheur, de la lassitude ou de l’éblouissement et sûrement un peu de tout ça mélangé.

Fleur.LaurierRose1200Hélas, comme dans de nombreuses réunions familiales, les sujets sensibles ne semblent pas oubliés mais discutés en petit comité, pour éviter les grosses vagues qui gâcheraient la fête.
Deux jeunes cousins échangent ici sur la difficulté à trouver un premier CDI et dans le off juste quelques pièces sur le monde du travail.  A une autre petite table, on s’horrifie des massacres de Daesh et au festival seules de petites salles lancent des cris d’alarme.
Par contre un peu plus loin deux belles-sœurs sont parties sur la littérature classique et là le nombre de salles bondit. Dans un autre coin encore deux grand-mères évoquent les histoires de famille et d’amour et ici on arrive à la grosse cavalerie, depuis les grecs en passant par les classiques et les contemporains sans oublier que le sujet peut aussi être dansé et même « stand-upé ».

Deux grandes réunions de famille se tiennent donc en ce mois de juillet et je croyais que la mission ou vocation de l’une était de sentir le sens du vent, d’allumer des feux clignotants devant les périls à venir, d’alerter la seconde afin qu’elle anticipe, qu’elle prenne des dispositions, qu’elle innove, qu’elle s’adapte.
La pièce n’est pas encore finie, il me reste encore un acte à découvrir et je ne sais toujours pas qui de la poule…..

Bernard Lagarrigue
Auteur et comédien
Président du Comité départemental de l’Isère de la Fncta

.