Catherine Groleau. Metteuse en scène de Building, de Léonore Confino, avec Coche Cuche théâtre. Allier. Sélection du Grand Prix Charles Dullin 2018

© Catherine Groleau 2018

Interview.

GD. Catherine Groleau. Vous êtes la metteuse en scène du spectacle « Building » de Léonore Confino, par la compagnie Coche Cuche Théâtre de Cusset, dans l’Allier (Région Auvergne-Rhône-Alpes). Ce spectacle a hissé votre compagnie au niveau des grands évènements de la Fncta : Sélection, en 2018, au festival national de Châtillon-sur-Chalaronne. En septembre de cette même année, au festival Sur un Plateau d’Annecy. Et, cerise sur le gâteau, Building est sélectionné au Grand Prix  Charles Dullin, en octobre 2018, à Aix-les-Bains.
Qu’est-ce qui vous a intéressée dans cette pièce dont le thème est une critique acerbe des grandes sociétés d’aujourd’hui qui divisent subtilement les employés afin de mieux les manipuler ?

CG. En premier lieu, c’est l’écriture qui a retenu mon attention. Outre le thème abordé, qui pose de graves questions d’actualité, j’ai apprécié cette plume incisive et la distance que prend l’auteure pour nous parler de situations inquiétantes et menaçantes pour une société qui se prétend « évoluée ». Elle laisse ainsi une grande liberté à l’interprétation qui peut aller du plus grave jusqu’au burlesque en passant par toutes les nuances possibles. C’est peut-être parce que Léonore Confino est aussi comédienne. C’était donc à la fois un sujet prégnant de société et une formidable machine de jeu me paraissant convenir à cette compagnie avec les personnalités qui la composent. Ce fut un choix dans l’urgence, en remplacement d’un autre projet que nous avons dû abandonner suite à des départs de comédiens pour raisons professionnelles. J’avais proposé trois textes très différents et celui-ci a été retenu par le groupe après lectures, débats et relectures. Je n’ai pas décidé seule ; l’adhésion du groupe est indispensable pour que le projet puisse être mené à bien dans les meilleures conditions. Et je ne suis pas la seule responsable de projets au sein de la compagnie, d’autres membres prennent en charge d’autres types de projets, par exemple des projets d’animation territoriale comme « Les épouvantables visites » au moment d’Halloween ou bien, pendant l’été, « Les improbables enquêtes », des intrigues, organisées dans des lieux touristiques, qui sollicitent la participation du public.

Compagnie Coche Cuche Théâtre-Building-© Cléo Chabrou 2016

Qu’est-ce qui a poussé votre compagnie à postuler à ces deux festivals, dont un national et au Prix Charles Dullin. Quel est l’enjeu au niveau de votre association ?

CG. En ce qui concerne les festivals auxquels nous avons participé, la plupart du temps, ce sont leurs organisateurs qui nous ont sollicités après avoir vu notre spectacle à « Festhea » en 2016 puis dans des festivals FNCTA. Le bouche à oreille fonctionne bien au sein de la fédération, c’est l’une des forces de ce réseau. Pour Châtillon, c’est nous qui avons candidaté. J’étais venue il y a une vingtaine d’années avec une autre troupe et j’en avais gardé un très bon souvenir. Ce fut une joie d’être sélectionnés par ce festival exigeant en termes de programmation et nous sommes enchantés de jouer bientôt à Annecy dont des compagnies amies nous ont vanté la convivialité. Le bouche à oreille fonctionne aussi entre les troupes…
Participer à ces manifestations offre des occasions de jouer et de voir des spectacles très différents. En l’espace de quelques jours, on est à la fois acteur et spectateur, sur scène et dans la salle. Plus on joue, plus on apprend. Plus on voit de spectacles, plus on apprend. Eduquer son regard à la diversité d’écriture, de mise en scène, d’interprétation me paraît essentiel. C’est pour ça que, dans la mesure du possible bien sûr, nous tâchons d’être présents au-delà du temps de notre représentation.
Cela permet aussi de renforcer les liens en notre sein et d’en nouer avec d’autres compagnies ; je suis restée en contact très amical avec des compagnies de la région parisienne, toulousaine, du Var, de Touraine, de Charente-Maritime…

Compagnie Coche Cuche Théâtre-Building – © Photo Cléo Chabrou 2016

GD. Que retirez-vous de cette sélection et de ce succès, à titre personnel et au niveau de votre compagnie ?

CG. Participer à ce genre de festival, c’est se donner l’occasion et le temps de s’interroger : que retirons-nous de cette expérience ? Qu’est-ce qui a fonctionné dans notre prestation ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Pourquoi ? D’autres pistes se sont-elles ouvertes ? Que proposent les autres spectacles ? On repart souvent avec de nouvelles questions, de nouvelles envies. Cela permet de se maintenir dans une dynamique, de rester en éveil.
Un succès public est toujours encourageant et porteur mais il n’est jamais gagné ni acquis. A chaque représentation, il faut remettre l’ouvrage sur le métier, reconquérir le public et parfois le spectacle lui-même qui ne se laisse pas toujours faire…

GD. Quel sens donnez-vous au théâtre d’amateurs d’aujourd’hui ?

CG. Même après 34 ans de pratique – déjà ? -, je préfère vivre spontanément cette pratique plutôt que de trop « philosopher » et de risquer de m’entraver dans des principes ou des postures d’écoles ou même des résidus d’histoire personnelle. Dans un premier temps et avant tout, l’énergie du jeu doit pouvoir circuler librement.
S’il fallait toutefois parler de sens, je dirais, qu’amateur ou professionnel, le théâtre est un espace-temps de rassemblement et de questionnement, où se donne la représentation du vivant. C’est, comme pour tout acte créatif, l’occasion de participer sans limite et puissance mille à cette formidable et infernale sarabande qu’est la vie ! Mon engagement est de participer.

© Coche Cuche Théâtre 2018 « L’équipe du Coche Cuche Théâtre »

GD. Quel est le projet artistique du Coche Cuche Théâtre pour l’avenir ?

CG. Une partie de l’équipe travaille sur les enquêtes estivales et la comète Building n’a pas encore tout à fait terminé sa course ; elle mobilise toute notre énergie. Quant à moi, je vais profiter des soirées d’été pour m’asseoir artistiquement dans une chaise longue et regarder le ciel, et qui sait, peut-être une nouvelle étoile me fera-t-elle de l’œil ?

 

Propos recueillis par Guy Dieppedalle, architecte de mots éphémères. Juin 2018

Compagnie Coche Cuche Théâtre – Building – © Photo Cléo Chabrou 2016

Documentation complémentaire

° Les sites de la compagnie
http://www.coche-cuche-theatre.fr
https://www.facebook.com/CocheCucheTheatre/

° Les interviews réalisées depuis trois ans sur le site régional Fncta  + d’infos
° Site du festival de Châtillon-sur-Chalaronne. Théâtre Contemporain en Dombes + d’infos
° Site du festival Sur un plateau, Annecy + d’infos
° Page du Grand Prix Charles Dullin + d’infos

Building en images. Signées Cléo Chabrou ©

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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